Lake Powell - Lake Powell
- Canyonlands - Monument Valley - Sedona - Tucson
- Carlsbad.
Nous voilà repartis de bon matin, le soleil est radieux,
décollage en piste 30 de Page et départ vers le
nord pour Canyonlands.
A nouveau nous survolons le Lake
Powell. Ses milliers de petites criques, les falaises
qui bordent ses rives et son eau bleue azur dans
un soleil encore matinal ne cessent de nous émerveiller.
Nous suivons le Colorado vers le
nord-est, ce qui permet une navigation des plus
simple et approchons du parc national de Canyonlands.
Le désert et ses sculptures continuent
de nous faire découvrir de nouvelles formes et de
nouvelles couleurs. Comme nous restons dans des
parcs naturels la hauteur minimale de survol est
de 2000ft AGL (au dessus du sol) mais ceci n'empêche
aucunement de profiter du paysage.
En approche du terrain de Canyonlands,
un bimoteur de ligne s'annonce en longue finale
derrière nous, et Jean Claude bon prince, le laisse
passer devant.
Nous posons donc sur ce petit terrain
perdu au milieu de nulle part (la piste ne fait
que 7000ft !!) et découvrons le resto du coin qui
n'est qu'un distributeur automatique de boissons
et de chips !
C'est donc après un dîner plutôt
frugal que nous repartons vers une destination que
nous attendons tous les deux avec impatience : Monument
Valley.
Après le décollage nous survolons
d'abord le parc national des Arches. Le fait de
maintenir 2000ft au dessus du sol nous permet de
découvrir des formes de rochers très originales,
mais nous ne verrons aucune arche…
Passage d'un col où des ascendances de 500 à 1000ft/min
sont évidemment suivies de descendances du même
type ! et au loin, les pyramides reconnaissables
de Monument Valley font leur apparition.
Et là c'est la totale. Comme Monument
Valley n'est pas un parc national, il n'y a pas
de hauteur minimale de survol. C'est donc en slalomant
entre les monuments qui nous poursuivons la visite
du site. C'est un moment magique de pilotage, tantôt
à gauche, tantôt à droite nous nous passons le manche
pour partager pilotage et prises de photos. C'est
peut être le moment le plus intense que nous avons
vécu durant notre périple.
Nous gardons néanmoins une hauteur
de sécurité tout à fait raisonnable, et croisons
un Cessna bien en dessous qui lui fait vraiment
du rase motte, l'envie titille Pierre Henri de descendre
plus bas, mais la prudence reste de mise et nous
maintiendrons nos 6500ft (Monument Valley est entre
5000ft et 6000ft).
De plus, ce matin, nous avons amélioré
nos procédures photos, notre Diamond Star vole parfaitement
bien avec les petites fenêtres ouvertes, et ceci
permet de juste passer l'appareil pour éviter les
reflets des vitres. (Procédure pourtant connue sur
le Victor Zulu, mais c’est un aparté)
Nous nous posons à Kayenta, l'aérodrome
voisin pour un changement de pilote. Ce terrain
étant dépourvu de tout et surtout de fuel, nous
décollons pour retourner au Grand Canyon afin de
refaire les pleins.
Au départ du Grand Canyon appel sur
la fréquence Ground, et là... pas de réponse. A
la deuxième tentative, le contrôleur nous répond
qu'il y a une porteuse sans modulation (en gros
il voit qu'on l'appelle mais n'entend rien !). Pas
de problème, cet avion étant certifié IFR, il a
deux radios et il nous suffit donc d'utiliser la
COM2 pour résoudre cet incident. Et bien non...
même résultat… et vive la redondance ! (Les informaticiens
que nous sommes se remémorent les théories sur «
le single point of failure »)
Après différents tests, dont la mise
hors service de l'intercom, le changement des casques
pour lesquels rien ne se passe, il ne reste que
le micro manuel qui traîne au fond d'une poche.
Et là, miracle, il semble que le con-trôleur nous
comprenne. Nous pouvons quand même décoller et débuter
le dernier leg de la journée, mais quelque chose
me dit que nous allons encore parler de cette radio.
Ce dernier leg doit nous amener à
Sedona. Après une journée aussi riche, Pierre Henri
qui contrairement à Jean Claude ne connaissait pas
ce site, pensait arriver dans un autre cirque montagneux
proche de ce que nous avions déjà vu. Mais l'arrivée
à Sedona en fin d'après-midi avec les couleurs du
coucher du soleil est encore un moment exceptionnel
à vivre.
Il faut s'imaginer un cirque majestueux
de couleur rouge et ocre, avec au milieux une colline
d'environ 500m de hauteur de 3 km de long sur 1km
de large. Sur cette colline, une piste: c'est l'aérodrome
de Sedona.
On parle de porte-avions en faisant des approches sur
Ecuvillens (aéro-drome près de Fribourg), mais là
c'est vraiment un porte-avions en plein océan Pacifique.
L'approche est d'autant plus délicate
que l'oeil a tendance a quitter la piste pour admirer
le paysage mais les Papi (système d'aide lumineux
pour main-tenir le plan d'approche) nous permet-tent
de faire les corrections néces-saires tout en profitant
au maximum du paysage. Les vents et surtout les
turbulences demandent de se battre un peu avec la
machine pour la poser correctement.
Mais une fois posé, l'envie est trop
grande de repartir, et c'est un nouveau take off
runway 03 suivi d'un nouveau petit tour dans ce
massif exceptionnel et d'une dernière approche turbulente
mais sensationnelle. Cette fois c'est un full stop
suivi d'un tie down (parking pour la nuit)
Il faut faire remarquer que l'endroit est très touristique
et huppé et que cette fois la taxe pour la nuit
est quand même de 7.5 USD !!!
Ce soir, au vu du repas de midi, nous nous offrons
un bon morceau de viande US !
Sedona - Phoenix
- Tucson
Ce matin la radio nous tracasse, si nous devons rentrer
à Carlsbad en IFR, il serait préférable d'avoir
des radios en état de fonctionnement.
Sedona étant un terrain en Unicom
(l'équivalent de l'auto information) nous ne pouvons
pas faire grand-chose au sol, nous décollons donc
et contactons le flight service pour faire un radio
check. Ouf ok cette fois tout va bien.... pour le
moment....
Nous continuons notre vol vers Tucson
où Jean Claude a passé son IFR
US et connaît des gens. Il a réussi à arranger
un rendez-vous avec un avionics center pour quand
même faire vérifier les radios.
Altitude de croisière 9'500ft, l'air est calme et
nous continuons notre route vers Phoenix, lorsque...
l'alarme de la pression de carburant s'allume. Elle
ne sonne qu'une fois mais nous avons le temps de
voir l'indicateur qui part à zéro. L'adrénaline
monte et nous commençons à penser aux terrains les
plus proches, mais la panne est de courte durée
et tous les indicateurs reviennent au vert. Nous
ne saurons jamais ce qui s'est passé
Arrivé au nord de Phoenix, « N440JP
requests a clearance for entering Bravo airspace
». En effet la traversée des zones de Phoenix demande
un clearance dans l'espace Bravo et aux US c'est
le seul airspace qui nécessite impérativement une
vraie clearance pour les vols VFR. Et la réponse
du contrôleur est ...«aircraft calling is unreadable...»
Voilà que notre radio refait des siennes. Mais cette
fois on ne nous la fait pas, Jean Claude reprend
le micro et fait la voice pendant que Pierre Henri
pilote. Nous recevons notre clearing avec une altitude
et un cap et entrons dans l'espace Bravo. Quelques
minutes plus tard la radio commence cette fois à
nous faire un bruit de fond infernal qui nous empêche
d'entendre les instructions du contrôleur. Une bonne
dose d'adrénaline revient à la charge, et une seul
solution s'impose; Sqwak 7600 (code qui s'affiche
sur l'écran radar du contrôleur pour annoncer une
panne radio) et un 180° pour sortir au plus vite
de cet zone. C'est la première fois pour chacun
de nous deux que nous devons utiliser réellement
ce type de procédure d'urgence.
Que l'on se rassure l'avion continue de voler parfaitement
bien, ce n'est que de l'avionique et il nous suffit
de contourner la ville de Phoenix en restant sous
les espaces contrôlés pour continuer notre route
vers Tucson.
Oui mais bon Tucson est quand même contrôlé et on
ne peut y rentrer sans radio. Nous avons donc un
plan de secours en sélectionnant un terrain au nord
de la ville qui lui n'est pas contrôlé, mais au
vu du caractère aléatoire de nos problèmes radio
on tente notre chance vers Tucson.
Un nouveau check avec le flight service
nous re-confirme que maintenant notre radio fonctionne.
C'est normal maintenant elle n'est plus vraiment
indispensable ;-)
Contact avec l'approche de Tucson
qui nous reçoit 5, nous autorise à une approche
11 right et nous passe à la tour. Lors de notre
contact avec la tour on prendra la précaution d'annoncer
des problèmes radios... au cas où... et le standard
US intervient avec un "clear to land 11 right" à
10NM de la piste et au minimum un avion devant nous
!. Nous posons à Tucson avec un bon 20kt de face.
La question que nous nous poserons
durant le souper mexicain du soir est : Quelle est
la procédure en cas de panne radio au moment de
contacter le ground après avoir posé.... C'est le
quiz de cette histoire, nous on a des idées mais
pas de réponses officielles ???
L'avion part à l'avionics center pour essayer de comprendre
ce qui arrive à nos radios. Comme le centre de maintenance
est au Canada, décalage horaire oblige, on attendra
demain matin pour savoir ce qu'il en est. Nous sommes
crevés et vadrouillons dans cette ville de Tucson
qui a grandi trop vite, avant de manger à 6:00 du
soir pour aller nous coucher tôt.
Il faut souligner que l'après-midi
est couvert et que lorsque nous sortons du restaurant,
il pleut sur Tucson. Nous qui voulions faire du
vol du nuit, pas de déception d'avoir l'avion en
maintenance ce soir.
Tucson - Carlsbad
Ce matin le N440JP est toujours à
la maintenance et sans vraiment de réponse à notre
panne radio aléatoire. Si ce n'est que l'électronicien
a réussi à la reproduire... au moins on n'a pas
rêvé!
Ce n'est pas grave car nous avions
prévu d'aller voir deux musées, évidement aéronautiques
à Tucson. Le premier est le PIMA museum et le second
est un tour à l'AMARC.
Le PIMA
museum est un superbe musée aéronautique où
de nombreuses machines civiles et militaires sont
présentées. Des B52, des Super Constellations, un
ancien modèle d'Air Force one, un avion ambulance
de l’ancienne compagnie Suisse Balair, des chasseurs
modernes, de nombreuses machines de la dernière
guerre. Durant deux heures, nous nous baladons sous
le soleil à admirer ces extraordinaires souvenirs
de l'aviation.
L'AMARC
est tout autre chose, il y a là-bas 5000 avions!
C'est un énorme lieu de stockage ou les machines
sont entreposées. La plupart d'entre elles ont comme
vocation de revoler et sont donc conservées avec
soin. Il s'agit principalement d'avions militaires
venants des Etats-Unis mais d'autres pays envoient
également des machines à entreposer. Des allées
entières de chasseurs, de bombardiers et d'hélicoptères.
Chose intéressante, des B52 avec les ailes coupées
(eux il ne revoleront pas !) Il s'agit en fait de
respecter les accords de désarmement avec l'ex-URSS.
Chaque partie coupait les ailes de ses bombardiers
stratégiques. Les satellites de l'autre camp pouvant
vérifier que les machines étaient bien devenues
inutilisables en contrôlant simplement l'état des
ailes.
Il est déjà passé midi et nous devons
reprendre des nouvelles de JP, les informations
sont moyennes; ils ont tout démonté et remonté et
ça marche mais sans vraiment comprendre ce qu'il
y avait ! (oui c'est comme une panne informatique,
mais on s'en méfie tous les deux !!!)
Donc la décision est prise, on prend le chemin du retour
avec un jour d'avance, d'autant que la météo a l'air
de se dégrader pour demain matin, il y a deux beaux
ouragans sur le golfe du Mexique qui poussent du
mauvais temps au sud de l'Arizona.
Donc départ pour 350NM vers Carlsbad,
Pierre Henri fait le premier leg jusqu'à Imperial.
Ce sera deux heures de vol tranquille, avec une
radio fonctionnant parfaitement ! Au moment où l'approche
de Tucson nous lâche, la question est «Do you want
a flight following» nous répondons «yes» et la suite
s'organise avec Sqwak et fréquence à contacter.
Les réponses du type «vous quittez ma zone salut
et... débrouillez vous pour trouver la prochaine
fréquence»... ici ça n'existe pas !
A Imperial, Jean Claude organise le dernier leg et
dépose son plan de vol. Mais il lui sera refusé
car Carlsbad est au dessous des minima VFR et ici
un plan de vol VFR ne peut être déposé dans ces
conditions, nous devons donc «filler IFR».
Nous montons à 8000ft dans la brume
mais avec une tempête de ciel bleu au-dessus, passons
les montagnes et arrivons au dessus de la plaine
côtière de Californie. Et là c'est vraiment totalement
bouché. Ce sera donc une première pour nous deux
: une vraie percée IFR dans la couche.
Encore un grand moment d'aviation,
le soleil en face, les nuages approchent... approchent
et tout d'un coup...on est dedans... oui ça fait
vraiment drôle. On entre dans la couche vers 4000ft
et le missed approach est à 600ft (c'est à dire
que si on ne voit pas la piste à ce moment on ne
peux pas poser et il faut repartir. Il faut savoir
que ce point de décision est à environ 60 mètres
du sol). Vers 2500ft nous ressortons des nuages
mais pour être entre deux couches et y re-rentrer
un peu plus loin. 1000ft, Jean Claude a la main
sur les gaz pour engager la "missed approach" mais
tout d'un coup On voit la piste ! C'est donc avec
un plafond à 1000ft qui nous ferons notre dernière
finale avec ce brave N440JP qui pose sans encombre
à Carlsbad après un périple de 7 jours et d'environ
7000km en vol !
Voilà notre tour qui se termine. Pour notre dernière
journée Pierre Henri se fera deux nouvelles expériences,
ses premières 1:30 de vol en IFR et un heure aux
commandes d'un bi-moteur. C'est le genre de chose
qu'il faut vraiment profiter de faire là-bas. Le
bi-moteur à 160 USD soit moins cher que l'avion
école à Gruyère !
On peut penser ce que l'on veut des
Etats-Unis mais une chose est sûre: c'est un endroit
magique pour voler.
Nous remercions encore du fond du
coeur nos familles qui nous ont laissé partir pour
vivre cette expérience.