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Deux heures sur New York

Manhattan est encadré par trois gros aéroports, La
Guardia, Newark et JFK, et par une collection de petits
aérodromes. Le trafic est extrêmement dense, et l'espace
aérien est donc très réglementé. Cependant, la FAA
n'étant pas Skyguide, on peut très bien y pénétrer
en VFR, pour autant qu'on suive les règles.
En principe, toute la région de New York est sous
contrôle. Un plan de vol n'est pas indispensable :
on s'annonce, on dit où on est et où on souhaite aller,
et les contrôleurs très professionnels et généralement
sympathiques font le reste. Evidemment, un plan de
vol facilite les choses.
Une exception à cette règle est le New
York Corridor, sorte de tunnel qui suit la Hudson
River avec un embranchement sur l'East River, et permet
une transition nord-sud (ou sud-nord bien entendu)
à 1100 ft maximum, sans devoir parler aux contrôleurs.
En pratique, les avions volent à 1000 ft et les hélicos
à 500 ft, et on vole du côté droit du corridor, soit
le long du New Jersey en descendant, et au bord de
Manhattan en remontant. Tout le monde s'annonce aux
points de report sur une fréquence unique, et on peut
facilement se faire une image mentale du trafic. On
passe sur la Statue de la Liberté et sur Ellis Island,
et on survole l'impressionnant Verrazano Bridge qui
barre l'entrée du port.
J'avais depuis longtemps envie de "faire" ce corridor.
En 1998, j'avais loué un avion dans le New Jersey
et étais remonté jusqu'à Ellis Island, en y faisant
demi-tour. Mais en 2001, l'occasion se présenta :
mon travail m'amenait à White Plains, au nord de New
York, avec un collègue et ami non pilote mais aimant
voler et très capable de tenir les commandes pendant
que je fais la radio et la navigation, ou que je prends
des photos.
Nous
partons donc un jour plus tôt que prévu. A Danbury
(en
haut à droite de la carte Sectional), nous louons
le 15 août 2001 un C172 ancien mais en bon état. Un
petit vol de contrôle, et nous voilà prêts à partir.
Comme l'idée de voler à 1000 ft me tracasse, je demande
à l'instructeur si on peut voler plus haut. Pas de
problème, dit-il, tu n'as qu'à appeler NY Approach
sitôt décollé et leur demander une autre altitude.
Nous partons donc, l'ami et moi, j'appelle NY Approach
et demande 1700 ft. Réponse : " I can't give you 1700,
but I can give you 2000". "OK, I'll take 2000". "Maintain
2000 ft, squawk xxxx, report Tappan Zee Bridge". C'est
aussi simple que ça, on suit une radiale jusqu'à la
rivière et on ne peut pas manquer le pont.
Vol superbe sur la Hudson River en serrant bien à
droite. Vue magnifique sur les ponts, les gratte-ciels,
le World Trade Center impressionnant, Miss Liberty,
Ellis Island où tant d'immigrants ont commencé leur
nouvelle vie, un saut sur le Verrazano, et la côte
du New Jersey est en vue.
Ce
qui est fatiguant, c'est de changer de contrôleur
toutes les cinq minutes. On entend défiler les différents
secteurs de NY
Approach, de La Guardia Tower et de Newark Tower.
Ils sont sympas mais parlent très vite et s'attendent
à une réaction précise et immédiate. La phrase qui
fait le plus plaisir, c'est "Radar service terminated,
squawk 1200, resume your own navigation". Ouf !
Nous
posons à Allaire (tout
en bas de la carte) après un vol de 72 minutes
qui a semblé beaucoup plus long. C'est un grand aérodrome
privé, appartenant à un Mr Brown qui a semble-t-il
tout construit sans s'embarrasser de permis de construire.
Petit resto d'aérodrome, hamburger-coca, et on repart.
Cette
fois-ci, je joue le jeu et suis le corridor à 1000
ft sans appeler le contrôle. Tout se passe exactement
comme prévu. On entend les hélicos qui amènent des
touristes sur la Statue de la Liberté, ceux de la
police, et bien d'autres. Très peu d'avions, j'en
ai entendu deux et vu un seul, croisé sur la Hudson
River. A nouveau, vue extraordinaire sur Manhattan,
cette fois en volant le long de la rive Est, plus
bas que le sommet des Twin Towers.
Un mois plus tard, elles n'existaient plus, et j'ai
cru comme tout le monde que le " Corridor " allait
disparaître à jamais. Et puis, j'ai récemment appris
qu'il a été rouvert et qu'on peut à nouveau admirer
Manhattan de près, sans se faire casser les oreilles.
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