7'000 km - 30 heures
de vol - 7 jours au-dessus de l'Ouest des Etats-Unis

Nous attendions ce voyage depuis
l'été 2002. En effet, à cause des tensions politiques
et de la guerre en Irak, nous avons dû reporter
deux fois notre départ. Mais le jour J approche,
enfin presque... nous avions chacun de nous une
bonne raison de ne pas partir, mais notre entourage
a rendu ce voyage possible et nous leur dédions
du fond du coeur ces moments inoubliables.
Nous nous retrouvons donc le jeudi soir 2 octobre
dans un petit hôtel de Carlsbad au nord de San Diego,
chacun étant venu par des chemins dif-férents.
Jean Claude est pilote commercial
et IFR US, ce qui nous sera très utile; alors que
Pierre Henri doit passer un check pour avoir une
équivalence américaine de sa licence JAR. Nous le
dirons souvent au cours de ce récit les Etats-Unis
sont le pays de l'aviation et ce check n'est qu'une
formalité pour un pilote ayant une licence et un
entraî-nement raisonnable en Europe.
En parallèle du check, nous faisons
également notre transition chez Pinnacle Aviation sur notre Diamond Star 180CV,
avion conçu en Autriche et fabriqué au Canada. Au
lieu de louer un standard Cessna 172, nous avons
voulu innover et partir avec cette machine presque
neuve et superbement équipée. Notre N440JP possède
un moteur Lycoming 180Cv (aux Etats-Unis au vu du
prix du carburant, la version diesel n'est pas vraiment
connue) avec une hélice à pas variable (constant
speed pour les puristes !). Il atteint un bon 135Kt
de moyenne, mais se prête également très bien au
vol lent; ce que nous utiliserons passablement pour
les séances photos. Son avionique est au top de
ce que l'on peut attendre sur une machine de ce
type, un Garmin 530 et un Garmin 430, un transpondeur
digital Garmin ainsi qu'un magnifique autopilote
capable de présélectionner des altitudes et de gérer
les montées et les descentes.... Mais que vont donc
faire les pilotes, sinon admirer le paysage ?
Et cette machine va nous coûter 100
USD par heure fuel compris, soit au minimum un rapport
de 1 à 2 par rapport au coût d’un avion équivalent
en Europe.
Carlsbad -
Chino - Traversée de Los Angeles - Camarillo
Nous allons prendre possession de
notre Diamond Star N440JP, et débutons la visite
pré-vol. Aie deux lampes (strobe light et feu de
position arrière) ne fonctionnent pas et pour mémoire
c'est samedi donc jour férié !
Nous
retournons au bureau et George le grand patron vient
voir ce qu'il peut faire. Il trouve les lampes de
rechange, mais il faut démonter les wingtips (bouts
des ailes) et il n'a pas les clés Imbus métriques.
Le mécanicien est en congé chez lui et s'occupe
de ses enfants. Il doit venir sur le terrain pour
ouvrir la boîte à outils dont il est le seul à avoir
la clé et qui contient la clé magique.
Il arrive donc 30min plus tard avec ses deux enfants
(qui tournent autour de l'avion et touchent à tout...
Pierre Henri essaye de garder un oeil vigilant pendant
que Jean Claude officie en tant que manoeuvre dans
l'opération) et enfin les lampes sont réparées et
nous voilà prêts à partir.
Le plafond est bas (1000 ft) et le
départ se fera en IFR, Jean Claude est aux commandes.
Il lui faudra traverser la couche pour aller en
direction de Chino où un resto et un musée nous
attendent.
Taxi, run-up et oups... la lampe d'alerte du ré- chauffage
du tube pitot reste allumée, ce qui n'est pas normal.
Le tube pitot est un tube extérieur à l'avion qui
permet de mesurer la pression de l'air et donne
des informations au pilote telles que la vitesse
ou l'altitude; comme on part en IFR, il faut le
réchauffer afin qu'il ne givre pas en traversant
les nuages. On se regarde les deux... allez on est
des pilotes responsables, retour à la case départ
et taxi vers le parking....
A notre retour au bureau, ils n'en
croient pas leurs yeux: on dirait qu'on le fait
exprès et que l'on ne veut pas partir... et pourtant
! Après contrôle, il s'avère que le réchauffage
du pitot fonctionne (il est chaud quant on le touche)
et c'est uniquement un problème de fonctionnement
de l'indicateur d'alarme. Donc cette fois GO.
Taxi et clear for take-off runway
24.... et c'est parti pour l'aventure.
Une percée IFR et nous nous retrouvons
au dessus de la couche dès 2500ft, tout ceci en
radar vectoring (des caps à suivre donnés par le
contrôleur). Jusqu'au moment où ce dernier annonce
"resume your own navigation" et là on est vraiment
contents d'être deux dans le cockpit pour calculer
les caps, préparer les fréquences, vérifier les
routes IFR et calculer les interceptions. Vraiment
c'est du boulot mais c'est génial. Bon on a plus
géré le vol qu'admiré la vue.... mais ce sera pour
plus tard.
Une approche ILS vers Chino, un petit
!!! terrain avec trois pistes qui se croisent dans
tous les sens, le roulage au sol est plus difficile
que le vol lui-même.
A midi nous allons chez Flo, le resto
du coin, c'est le bistrot perdu au fond des US avec
des hamburgers vraiment locaux, c'est bon et plein
de calories.
Nous consacrons le début de l'après-midi
à visiter deux musées sur le terrain: on y trouve
de superbes warbirds dont la plupart sont en état
de vol ainsi que de vieux jets mais eux plutôt délabrés.
Il est déjà 16:00 et il est temps de repartir car pour
arriver à Camarillo notre prochaine destination
il faut traverser tout Los Angeles et y a du boulot
en perspective !
Départ avec un peu de brume mais
en VFR, au sol on demande un code transpondeur ainsi
que le flight following. Le code transpondeur arrive
dans la foulée ainsi que la fréquence de départ
à contacter juste après le décollage. En fait, le
flight following, c'est presque comme de l'IFR,
on est suivi au radar. Chaque centre de contrôle
ou d'approche nous passe à la fréquence suivante
et tous les trafics connus sont annoncés avec des
suggestions de cap ou d'altitude pour les évitements.
On est assez loin de services d'information que
l'on connaît chez nous...
C'est le début de l'aventure pour
Pierre Henri avec les procédures radio US: sa grande
crainte était de ne pas comprendre les contrôleurs
qui parlent aussi vite qu'une mitraillette. Mais
en final ça se passe plutôt bien, dès qu'un « say
again » intervient le contrôleur réduit le rythme
et clarifie sa phraséologie afin de se faire comprendre,
et ceci toujours dans un esprit positif et pédagogique.
C'est un vol superbe, au dessus de
la brume à 6'500ft en traversant tout Los Angeles.
Sur 40 minutes de vol il y a une bonne dizaine de
changements de fréquences et le trafic est extrêmement
chargé. Tout ceci se passe dans la bonne humeur
et nous débutons notre descente vers Camarillo.
Là les choses se compliquent, le soleil en plein "dans
la gueule" on n'y voit presque rien. Le GPS annonce
bien le terrain qui s'approche... et tout d'un coup....
c'est quoi ce truc un peu sur la droite.... ben
oui c'était la piste... bon l'approche est à recommencer.
Le temps que le contrôleur comprenne où nous sommes
et nous voilà de retour sur un vent arrière.
« Diamond Star 440JP you are number
two clear to land... » si si vous avez bien lu on
est numéro deux, c'est-à-dire avec un avion devant
qui n'a pas encore posé et on est déjà autorisé
à l'atterrissage. Procédure standard aux US, mais
nous n'étions pas toujours à l'aise avec cette manière
de faire.
Pierre Henri est donc en courte finale,
l'avion précédent a posé mais un autre est aligné
et prêt à décoller. La remise de gaz n'est pas très
loin mais le contrôleur baragouine une instruction
qu'aucun de nous ne comprend. Après quelques « say
again », on saisit enfin ses ordres : nous devons
faire des S EN COURTE FINALE pour laisser l'avion
précédent décoller.
Une fois la fréquence sol contactée
il y a un bruit bizarre dans les écouteurs et le
contrôleur est encore moins compréhensible... C'est
notre ELT qui bipe (l'appareil qui se déclenche
en cas de fort choc... mais Jean Claude confirmera
que l'atterrissage n'était pas du tout brutal....)
Donc ce n'est pas grave on l'éteint et on parque
l'avion... Pas de chance ce n'est pas encore fini...
Après l'avoir parqué, attaché, et préparé pour la
nuit... on nous demande de le déplacer car c'est
pas vraiment la bonne place pour le « tie down au
transient parking ».
Cette fois-ci notre première journée
de vol aux Etats-Unis se termine avec évidemment
un hamburger dans le fast food du coin.
Camarillo
- Monterey - San Francisco - Lake Tahoe
Réveil à 7:00, après 3 jours aux US on commence à
avoir absorbé le jetlag, regard à travers la fenêtre
et... Overcast à 600ft. C'est encore un départ IFR
en perspective pour Jean Claude.
Avant le départ nous allons visiter
deux magnifiques Super Constellations en état de
vol sur le terrain de Camarillo, dont l'un doit
venir s'installer à Bâle en mai 2004.
Aujourd'hui Juliett Papa n'annonce
aucun problème, décollage de Camarillo et à 500ft
on est déjà dans la couche en IMC. A 2500ft c'est
le grand bleu au dessus de la mer de stratus...
L'IFR c'est quand même génial... dans ces conditions...
On
est au cap 240 et le contrôleur nous annonce « Left
turn heading 270 », gentiment Jean Claude lui suggère
qu'un virage à droite semble plus raisonnable, mais
non c'était bien un « left turn » pour cause de
séparation avec un autre trafic.
Quelques Nautiques plus loin, le
contrôleur nous donne une direct sur le VOR de Big
Sur, soit 54 minutes jusqu`à notre prochain point
!

Donc 54 minutes après, nous sommes toujours à 10'000
ft et débutons notre descente vers Monterey. Aux
US les niveaux de vols commencent à partir de 18'000
ft donc pas besoin de passer en QNE. On reste en
QNH un point c'est tout.
Superbe approche visuelle, sans un
nuage avec l'océan Pacifique au fond. On nous demande
d'accélérer l'approche et c'est à 160Kt que nous
débutons la longue finale....mais le Diamond Star
freine presque comme une voiture et Jean Claude
termine ce vol par un kiss landing parfait.
Un hamburger (eh oui encore un) dans
le resto de l'aéroport. Il y a environ un jet (et
pas des petits) qui part toutes les 10 minutes.
C'est vrai que Monterey est la densité de fortunes
la plus élevée des Etats-Unis.
Il est 15:00 et nous voilà repartis
pour un leg de rêve, c'est San Francisco et le Golden
Gate. Pourvu que les brumes de mer qui arrivent
sans prévenir ne viennent pas perturber la visibilité...
Nous longeons la côte, et...oups
la brume de mer est là... nous volons on-top un
moment mais finalement dans le fond se dessine la
baie de San Francisco SANS UN NUAGE.
Le pilote automatique va faire des merveilles pour
nous laisser admirer le paysage. On est évidemment
en flight following avec un code transpondeur vu
la densité du trafic dans le coin. Pour faire un
virage sur le centre de San Francisco, il vaut mieux
annoncer ses intentions !! Donc avec l'autopilote
enclenché, on diminue les gaz et la vitesse tombe
en conséquence en maintenant l'altitude. En passant
sous les 100kt, sortie d'un cran de volet, toujours
sans rien faire d'autre et nous voilà dans une configuration
découverte du paysage et parés pour les photos.
Et là c'est certainement une des
expériences aéronautiques les plus fabuleuses que
nous ayons vécues jusqu'à ce jour (mais cette phrase
on va se la dire plusieurs fois pendant la prochaine
semaine...). Arrivée sur le Golden Gate, il fait
parfaitement clair et grand bleu, traversée du pont
à 1500ft, un virage au dessus d'Alcatraz, et juste
à notre droite les gratte-ciels du centre ville
qui se dessinent dans un bleu d'azur.... c'est magique...
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Mais même à 80Kt l'avion
avance et le rêve est déjà fini, nous
devons continuer notre navigation vers
Sacramento, capitale de la Californie.
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Donc nous voilà remontant à 9500ft
afin de traverser les plaines de Californie et de
voler au-dessus des vignobles de Sonoma et Napa
Valley. Nous finissons par traverser la chaîne montagneuse
pour arriver dans la région du lac Tahoe.
Là encore c'est une approche fabuleuse sur un lac
entouré de montagnes avec au fond une piste de 3km
au milieu de la foret.
Atterrissage, parking, et motel.
Ce soir ce sera un Taco mexicain.